[..] Dans ce contexte, nous somme prêts à émettre une hypothèse risquée mais appuyée sur des années d’observation des mouvements sociaux en Afrique : plus qu’auparavant avec les philosophes et les ethno-philosophes, les penseurs traditionnels à formation universitaire du Cameroun vont jouer un rôle de premier plan dans la reconstitution de la puissance théorique de leurs traditions vivantes,
mais aussi vont être un des meilleurs propulseurs de ce renouveau dans l’ensemble négro-africain. L’exemple du modèle mbog, des basaa, avec les travaux académiques d’Oum Ndigi et ceux du maitre initié Nkoth Bisseck ouvre une nouvelle perspective dans laquelle la force vivante des traditions peut s exprimer au grand jour.
Le premier des deux auteurs est un brillant égyptologue qui a établit les correspondances culturelles et linguistiques entre l’aire basaa et celle de l’ancien Nil egyptien. Mais, l’économiste Nkoth Bisseck, aussi dans la mouvance active de l’Ecole de Dakar, fait une liaison egypto africaine plus axée sur la parenté génétique des systemes initiatiques africains d’hier et d’aujourd’hui, avec la connaissance directe qu’il a du rôle harmonisateur de la pensée et du culte Mbog. La particularité des ouvrages de cet initié basaa c’est l’effort continuel qu’il fait pour reconduire la science et la technologie modernes vers leurs applications populaires, traditionnelles.
Il faut rappeler, brièvement que les basaa sud-camerounais comme d’autres peuples de culture bantu dans la region, pratiquent un complexe système de symbôle et de rites, emploient des méthodes magiques et divinatoires et ont une conception globale de l’univers qu’ils appellent mbog. Ce terme approche du concept d’unité, d’Harmonie et Totalité ou de ce que les égyptiens pharaoniques dénommaient Maat et les grecs classiques Logos. Mbog est beaucoup plus qu’un code moral ou un complexe rituel, C'est le paradigme vital des basaa, avec des forts parallélismes avec d’autres mythiques africains du présent. Le mbog c’est le riche processus dans lequel s’expriment les conflits et les changements, la matrice universelle où ils retrouvent leur sens et leur mouvement réglé. Sens de la hiérarchie-naturelle et sociale-transmission des connaissances-mythiques et techno-scientifiques-adaptation souple des principes aux nouvelles conditions sociales, nulle répugnance à l’incorporations d’éléments extérieurs si on les présume positifs, tout cela fait de la pratique quotidienne du mbog, à la campagne et dans les villes.
L’exemple de Nkoth Bisseck n’est plus aujourd’hui isolé : il s’agit d’un Mbombog, un roi dieu et un prêtre au sens pharaonique, comme l’avait décrit l’égyptologue Saunéon, et malgré sa jeunesses relative il est membre du conseil suprême de Ba Mbombog du pays basaa. Comme tout roi-prêtre, sa vie est consciemment ritualisée jusqu’aux moindres details, de même qu’il en est pour les rois-dieu des Mundang, des Nupés, des Mossi, des Zulu ou des Ganda, ainsi que tant d’autres qui continuent pleins de vie au sud du Sahara.
Pour le basaa, articulée administrativement au sein du moderne Cameroun, toute autorité véritable dérive du mbog et il serait inconcevable une séparation de pouvoirs entre politiques, juges et législateurs : le mbombog est à la foi un roi qu’administre, un prêtre qui ritualise et un sage qui juge. On peut craindre les pouvoirs de l’état à Edéa ou Yaoundé, mais on respecte et suit le pouvoir social de la tradition, du mbog et cette donnée n’est ignorée dans les discours et actions des politiques camerounais, car la légitimité est dans les racines vivantes d’un arbre qui est loin d’être asséché.
Les conseils Ba Mbombog. De diverse nature selon fonctions et responsabilités, rassemblent en stricte et lente cooptation un large éventail de membres qui va dès les vieillards analphabètes jusqu’aux universitaires diplômés et on n’y peut accéder qu’en faisant preuve de qualification personnelle, après des années de gravir les nombreux échelons de la hiérarchie initiatique. Certains BA mbombog, actuellement sont déjà un bon exemple de cette symbiose- au moins dans les formes- d’une traditions africaine ouverte au paradigme moderne sans répugner les idées de progrès et liberté, bien que axées sur la colonne ancienne du Mbog, le paradigme traditionnel subordonne à son monde les prêts modernes et leur accorde un sens et des limites que le rationalisme n’avait pas prévu. Cette plasticité des traditions africaines, qui avait été précipitamment dénommée syncrétisme par les spécialistes en religions, est née de la conviction que la transmission des mythes d’origine et le maintien des valeurs les plus profonds méritent le renouveau idéologique, organisationnel et technique de la société africaine. Et de cette greffe a été faite sans jeter l’héritage reçu, loin des mépris ignare dont le dissolvant modèle moderne fait preuve dans sa phase caricaturale dite de globalisation.
Ferann Iniesta
Tiré de « Bataille autour de la pensée traditionnelle en Afrique noire «









Commentaires
En ce qui me Concerne je soulignerais juste le Mbog concerne aussi les bakoko,les mpôô,quelques bafia,les bati,et autres Tribues minoritaires etc..,il s'agit du Mbog et non du Mbog-basaa'a ,car il n'ya ou il n'y avait pas que les basa'a au départ, à entendre beaucoup de patriarches bassa'a on dirait que ça ne concerne que nous,c'est Faux!!! nous avons tendance à nous approprier à le Mbog ,cessons donc le restreindre le mbog, Bibase bi mbog bi nsugul bé ndik i nkoñ basaa !!
Merci encore et bonne journée !
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